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En cette journée internationale des droits des femmes, je vous propose un film au casting 100% féminin. Environ 130 interprètes font de « The Women » un long métrage singulier et novateur pour son temps.
Et d’ailleurs, parlons-en de son temps: le film sort en 1939, soit pour beaucoup de cinéphiles la meilleure année dans l’Histoire du cinéma Hollywoodien. Il suffit de jeter un oeil à la liste des films nommés aux Oscars en février 1940 pour se ranger à l’avis des historiens du cinéma: pour ne citer que les plus mémorables, on y trouve « Ninotchka » de Lubitsch, « Monsieur Smith au Sénat » de Capra, « Le Magicien d’Oz » de Victor Fleming, « Les Hauts de Hurlevent » de William Wyler, « La chevauchée fantastique » de John Ford, et le grand vainqueur de la soirée « Autant en emporte le vent » de Fleming (sur lequel Cukor avait d’ailleurs commencé à travailler).
C’est donc en plein âge d’or hollywoodien que « Femmes » est produit. Il s’agit d’une adaptation d’une pièce de la dramaturge et femme politique Clare Boothe Luce. Le scénario est signé de deux femmes: Anita Loos, écrivaine et productrice ayant signé des dizaines de scenarii des années 1910 aux années 1940, et Jane Murfin, autrice et scénariste elle aussi prolifique.
A la réalisation, c’est un homme que l’on retrouve: George Cukor connu pour « Le roman de Marguerite Gautier », « Sylvia Scarlett » et « Les Quatre filles du Docteur March », qui réalisera plus tard « Indiscrétions », « Gaslight » ou encore « Le Milliardaire ».
Côté casting, George Cukor a réuni les meilleures interprètes féminines de l’époque. Norma Shearer, star déjà établie depuis les années 1920 et auréolée du succès de « Marie-Antoinette », incarne Mary. Sa rivale est interprétée par Joan Crawford, icône du cinéma américain, adepte des rôles de femmes complexes souvent sous la direction de Clarence Brown. La pétillante Rosalind Russell leur donne la réplique, incarnant une Sylvia aussi drôle que cruelle, un an avant le succès de « La Dame du vendredi » d’Howard Hawks. Elles sont accompagnées de Paulette Goddard, Joan Fontaine et Hedda Hopper (journaliste à scandale et actrice).
Synopsis: le film débute dans un luxueux salon de beauté où les potins vont bon train. Cette scène d’exposition est révélatrice de ce qui se joue dans le film. Selon le philosophe américain Stanley Cavell, ce salon de beauté est une « allégorie du système des studios hollywoodien, qui est à son tour une allégorie du système marchand ». L’auteur évoque le « pouvoir d’un monde masculin invisible de transformer les personnes en marchandises »1. La caméra passe d’une pièce à l’autre, des bains de boue à la salle de sport, en passant par la manucure. C’est justement par cette dernière que le scandale arrive.
⚠️ Attention si vous n’avez pas vu le film: je vais révéler des éléments de l’intrigue ⚠️
Sylvia apprend de la bouche de sa manucure indiscrète que Stephen Haines trompe sa femme Mary. L’air de commisération de la jeune femme est totalement feint et elle appelle aussitôt son amie Edith pour lui annoncer la nouvelle. Tout sourire, elles s’exclament: « Si Mary l’apprenait, ne serait-ce pas terrible? ». Mary, épouse et mère dévouée, ne se doute de rien. Elle se prépare à recevoir ses « amies » chez elle avant de partir au Canada avec son mari. Les bruits de couloir s’amplifient lorsque Stephen appelle Mary pour annuler le voyage prévu. Sylvia incite les femmes de son entourage à se rendre au salon pour une manucure couleur « jungle red ». Mary finit elle aussi par y aller et apprend l’infidélité de son cher et tendre avec une vendeuse en parfumerie prénommée Crystal.
Furieuse, elle ne comprend pas dans un premier temps les recommandations de sa mère. Celle ci lui conseille de ne rien dire à Stephen. Mary méprise pourtant les braves épouses qui se résignent et affirme que maintenant les femmes sont les égales des hommes.
Plus tard, lorsqu’elle décide de divorcer, Mary rencontre deux autres femmes dans le train pour Reno: l’extravagante comtesse De Lave et la jeune Miriam. Elle retrouve aussi son amie Peggy. Une fois le divorce prononcé, Mary tente de récupérer son mari mais celui-ci vient alors d’épouser Crystal. Après quelques rebondissements, Stephen se lasse finalement de cette épouse vaniteuse et volage. Le film s’achève sur le triomphe de l’opiniâtre Mary.
« Femmes » est avant tout une comédie. Les gags sont parfois visuels comme lors de la bagarre générale à Reno où lorsque Sylvia enchaîne des mouvements exagérés pendant sa séance de sport. Cependant, l’humour tient en grande partie à la qualité des dialogues (« Chin up! That’s right, both of them! », ou encore l’une de mes préférées: « There’s a name for you ladies, but it isn't used in high society… outside of a kennel »).
Cette dernière réplique fait écho à une série de métaphores animalières tout au long du film. Le générique associe chaque personnage féminin à un animal et la scène d’exposition débute par une altercation canine sur un trottoir new yorkais. Les dames de la haute société qui « s’aboient » au visage et se mordent (oui, oui je vous assure, c’est dans le film) ne sont ni plus ni moins que des bêtes sauvages.
Mais l’humour grinçant n’est pas le seul atout cette oeuvre pleine de contrastes qui alterne dialogues cruels et scènes plus mélodramatiques comme lorsque Mary explique sa séparation à sa fille.
Les images sont également superbes, et tout particulièrement le défilé de mode en Technicolor qui vient saisir le spectateur dans un interlude de beauté.
Pour conclure, « The Women » met les femmes à l’honneur tout en décriant une société où l’hypocrisie est maîtresse. Pour autant, les hommes, bien que physiquement absents, sont au coeur de l’intrigue. Cukor use d’artifices pour les maintenir hors-champ. A l’écran, on ne parle pourtant que des hommes, on en rit, on leur téléphone, on tente de les (re)conquérir… Mais comme le souligne le critique Denis Marion « l’homme qui ne cesse de hanter toutes ces têtes bouclées risquerait trop de nous décevoir s’il devait se matérialiser sur l’écran »2.
1 Stanley Cavell, « A la recherche du bonheur : Hollywood et la comédie du remariage », chapitre VI
2 Denis Marion, Combat, Recueil, "Femmes - film de George Cukor"
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