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Respectons-nous la loi parce que nous sommes bons ou par crainte de la punition? Dans « La République », Platon relate le mythe de Gygès, honnête berger, qui, grâce à un anneau magique, peut se rendre invisible. Le bon Gygès ne tarde pas à mal agir. Sachant qu’il peut agir comme il le souhaite, en totale impunité, il ira jusqu’au meurtre1.
Le thème de l’invisibilité n’a depuis Platon cessé d’inspirer les artistes. En 1897, l’écrivain anglais HG Wells écrit « L’homme invisible », dont le film de James Whale est la première adaptation cinématographique. Suivront « Le retour de l’homme invisible » de Joe May, « La femme invisible » (parité oblige) de A Edward Sutherland, puis une quantité de films plus ou moins réussis.
Le film de 1933 accomplit un exploit: propulser au rang de star un acteur, Claude Rains, dont on ne voit pas le visage pendant la (quasi) totalité du film. Il excelle ici dans son premier grand rôle, bien avant « Casablanca » et « Les Enchaînés ». A ses côtés, on découvre Henry Travers, que l’on retrouvera dans « Boule de Feu » d’Howard Hawks et dans « La vie est belle » de Frank Capra (dans le rôle de l’ange). Enfin, la jeune fiancée du Docteur Griffin est incarnée par Gloria Stuart, qui avait déjà tourné avec James Whale l’année précédente dans « The old dark house » et que vous connaissez tous pour son rôle de Rose dans "Titanic".
Synopsis: En pleine tempête de neige, des hommes plaisantent dans un pub bondé lorsqu’un individu au visage intégralement couvert de bandages arrive. Autour de lui, le silence se fait. L’homme demande une chambre avec une cheminée. En montant lui apporter de la moutarde, Mme Hall (incarnée par Una O’Connor, toujours excellente dans les seconds rôles loufoques) le découvre en train de manger, le bas du visage totalement invisible.
⚠️ Attention si vous n’avez pas vu le film: je vais révéler des éléments de l’intrigue ⚠️
Le spectateur apprend alors qu’un certain Dr Jack Griffin, qui menait des expériences secrètes, a disparu. Pendant ce temps, le mystérieux homme invisible prétend avoir eu un accident l’ayant défiguré. Il devient de plus en plus irascible et la police doit intervenir. « Tout serait rentré dans l’ordre si vous m’aviez laissé en paix » s’insurge-t-il, avant de retirer tous ses bandages et de s’en prendre à ceux qui sont venus l’arrêter.
Comment un scientifique a-t-il pu en arriver là? L’explication nous est donnée par le Dr Cranley (incarné par Henry Travers), ancien collaborateur et père de la fiancée de Griffin. Les substances sur lesquelles travaillait Jack ont le pouvoir de le rendre invisible mais ont également pour effet de le rendre fou. L’homme invisible pense pouvoir régner sur le monde grâce à son invention. Il rend visite au Dr Kemp (William Harrigan) dans le but de l’ « utiliser » comme partenaire dans ses méfaits. Face à ce déferlement de violence, une chasse à l’homme est lancée pour arrêter Griffin dans sa course folle.
C’est Flora (Gloria Stuart), la jeune fiancée de Jack Griffin, qui permet au spectateur de percevoir l’humanité de ce savant fou. Elle lui rend visite et il lui avoue qu’il a toujours voulu être un scientifique respecté pour elle. Mais la police est à ses trousses et le pathos est de courte durée. Trahi par Kemp, il jure de se venger. Acculé, il s’écroule finalement. Sa rédemption intervient sur son lit de mort, où pour la première et dernière fois son visage est révélé.
L’ « Homme invisible » est une oeuvre ingénieuse qui accorde une grande place au « vide » et au pouvoir de suggestion. Whale nous demande de croire à ce que l’on ne voit pas à l’écran. La voix de Claude Rains tient une place centrale dans cette conception. Pour le reste, quelques objets qui volent et quelques portent qui s’ouvrent et se referment seules suffisent. En ce sens, je trouve que le film ne serait pas meilleur s’il était refait avec les moyens actuels. Nul besoin d’effets spéciaux spectaculaires pour être emporté par ce récit.
1 "La République", Livre II, Platon
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