Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

 

Non, je ne regarde pas que des films américains! Je vous emmène aujourd’hui sur la côte amalfitaine avec Roberto Rossellini. Mais c’est un Rossellini plus proche de la Commedia Dell’Arte que de « Rome ville ouverte » que je vous propose: « La Machine à tuer les méchants ».

 

Onzième long-métrage du maître du néoréalisme, ce film dénote dans sa filmographie. Il sort après quelques uns de ses chefs d’oeuvres comme « Païsà », « Allemagne année zéro » et « Stromboli », oeuvres marquées par un profond ancrage dans le réel. Si l’on conçoit le néoréalisme comme Panofsky, il s’agit de « filmer avec style une réalité non-stylisée ». Ce mouvement, qui éclot dans les années 1940 en Italie, se fonde sur l’observation du réel. Certes, on retrouve dans ce film la rudesse des paysages du sud de l’Italie encore hantés par le fascisme, mais le cinéaste insère dans ce décor un élément surnaturel qui déstabilise le spectateur.

 

En faisant des recherches, j’ai appris que le film avait été tourné en 1948 (juste après « L’Amore »), soit quatre ans avant sa sortie1.

 

Les acteurs sont comme souvent chez Rossellini en grande partie non-professionnels. Le rôle principal est interprété par Gennaro Pisano dans son apparition la plus marquante au cinéma (il n’est crédité que dans ce film mais aurait également joué dans « La table des pauvres » en 1932) . Le touriste américain est quant à lui incarné par un habitué des films de Rossellini: William Tubbs, déjà vu dans « Païsà » et qui jouera plus tard dans « Europe 51 ». Enfin, Marilyn Buferd est la « touriste américaine », un an avant son apparition dans « Touchez pas au grisbi ».

 

Synopsis: dans un petit village du sud de l’Italie, la procession pour Saint André bat son plein. Aux balcons, les villageois s’observent, se critiquent, s’invectivent, tandis qu’un vieil homme (serait-ce le Saint en personne?) trouve refuge chez un photographe prénommé Celestino. Tous deux dissertent sur le Bien et le Mal. « Le bon doit tuer le méchant » affirme le vieil homme. Il demande alors à Celestino de prendre en photo le portrait d’un certain Agostino, policier autoritaire (et surtout ancien fasciste).


⚠️ Attention si vous n’avez pas vu le film: je vais révéler des éléments de l’intrigue ⚠️

 

Comme par magie, Agostino tombe raide mort, dans la pose (plus qu'inconvenante) de la photographie initiale. Le vieil homme, que Celestino prend pour un Saint, disparaît alors. Le lendemain est un jour de pêche miraculeuse au village.

 

Troublé, le photographe se demande s’il n’a pas un pouvoir. Afin de s’en assurer il photographie un âne. Après avoir accroché le cliché au mur, il constate que l’animal demeure figé.

 

Pendant ce temps, on découvre l’hypocrisie et la cupidité des villageois, du maire trop pressé que sa ville bénéficie d’une importante somme d’argent pour faire un discours à l’enterrement d’Agostino au curé qui rêve d’une église byzantine richement décorée. Le village se déchire au sujet de ces millions de Lires. Ecoeuré par ces comportements, Celestino s’emploie à venger les faibles et à punir les méchants.

 

La paralysie puis la mort de la vieille Donna Amalia font basculer le protagoniste dans la déraison. La matriarche lègue toute sa fortune aux plus pauvres. L’un d’eux est un voleur. Celestino perd tout contrôle et l’élimine.


Désespéré, le photographe veut punir celui qui lui a donné ce pouvoir. Ce vieux sage qu’il prenait pour un Saint est en réalité un diable. Celestino parvient à lui faire faire le signe de croix et tout est effacé. Le film s’achève sur cette morale : « réfléchis avant de punir ».

 

« La Machine à tuer les méchants » est une fable qui a de quoi déconcerter les amateurs du cinéma de Rossellini. Dès les premières minutes, le cinéaste nous plonge dans un univers théâtral: une voix off récite le prologue et une main vient planter le décor. Tout y est: les montagnes, la ville haute, la ville basse, et bien sûr les personnages qui peuplent ce microcosme. Ceux-ci sont présentés, non en tant qu’individus à par entière, mais comme des archétypes. Ils sont définis par leurs qualités et leurs défauts, à l’image des personnages de la Commedia Dell’Arte.

 

La « pâte » néoréaliste est surtout visible dans la scène des célébrations pour Saint André. Tout est en ébullition et le spectateur est au coeur de la vie du village. Toutefois, « La Machine à tuer les méchants » est unique dans la carrière de son auteur. Le fantastique prend le pas sur le reportage dans ce conte qui saura vous divertir. Dernière précision, qui dit film fantastique dit effets spéciaux. Ceux-ci sont l’oeuvre d’Eugenio Bava, qui n’est autre que le père de Mario Bava, roi du « giallo » dans les années 60-70.

 

« Roberto Rossellini » de Peter Brunette - University of California Press

Publicité
Tag(s) : #1950s, #1952, #néoréalisme, #Gennaro Pisano, #William Tubbs, #Marilyn Buferd
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :