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Vous avez certainement déjà vu le « King Kong » de Peter Jackson mais connaissez-vous le film de 1933 qui l’a inspiré?


J’aimerais commencer par l’histoire assez romanesque de la genèse et du tournage du film. Les éléments suivants sont tirés d’un très bon documentaire que j’ai vu récemment: « Merian C. Cooper le dernier conquérant » de Rafik Djoumi. Je n’en ferai pas un résumé détaillé mais je trouve qu’il éclaire bien la démarche de Cooper et de son acolyte Schoedsack. Riche en anecdotes grâce à l’intervention de Michel Le Bris, Guillermo Del Toro, Andy Serkis et tant d’autres, il m’a fait découvrir ces deux artistes sous un angle inédit.


Tout d’abord, qui était Merian C. Cooper? Militaire, aventurier, cinéaste, homme d’affaires… il a eu mille vies. Avec Schoedsack, il a réalisé deux documentaires (« Grass » et « Chang ») avant de se tourner vers la fiction. Il est à noter que Schoedsack réalisa un autre film simultanément à « King Kong » et avec la même équipe: « Les Chasses du Comte Zaroff ».

 

« King Kong » a vu le jour grâce au travail de ces deux visionnaires mais aussi grâce au scenario de Ruth Rose, épouse de Schoedsack, souvent éclipsée par l’autre scénariste du projet: James Ashmore Creelman. Le documentaire nous apprend que Ruth Rose écrivit une grande partie du script et fut à l’origine des scènes les plus marquantes du film.

 

Mais un scenario de qualité et deux réalisateurs passionnés ne suffisent pas à faire naître un gorille géant sous les yeux du spectateur. Fascinés par « Le Monde Perdu » de Harry O. Hoyt adapté de Conan Doyle, Cooper et Schoedsack font appel à un pionnier des effets spéciaux: Willis O’Brien. A ses côtés, Marcel Delgado crée une marionnette plus vraie que nature. L’utilisation de techniques de projection, de stop-motion et le recours à des miniatures étaient révolutionnaires pour l’époque.


Kong évolue dans un univers sombre, une jungle foisonnante et emplie de dangers. Les jeux d’ombre et de lumière viennent renforcer cette atmosphère pesante. Le documentaire nous apprend que les décors ont notamment été inspirés par les lithographies de Gustave Doré.

 

La musique, signée Max Steiner (qui composera plus tard les BO de « Casablanca », « Arsenic et Vieilles dentelles » ou encore « Le Grand Sommeil ») , est l’une des premières mémorables du cinéma qui vient alors de passer au parlant.

La distribution réunit Robert Armstrong (qui tournera dans d’autres films de Schoedsack) dans le rôle de Carl Denham, et élève la superbe Fay Wray au rang de star. Bruce Cabot incarne quant à lui Jack Driscoll.

 

Synopsis: Carl Denham est un réalisateur qui entreprend un voyage en bateau avec son équipe de cinéma. Il désire mettre en scène le meilleur film du monde, quelque chose que personne n’a encore jamais vu. A la recherche d’une vedette féminine, il tombe par hasard sur une jeune femme pauvre: Ann Darrow. Elle l’interroge sur ce mystérieux périple et Denham lui répond très vaguement qu’il s’agit d’un « long voyage ».


⚠️ Attention si vous n’avez pas vu le film: je vais révéler des éléments de l’intrigue ⚠️

 

En réalité, la destination importe peu: la jungle est intérieure. C’est un voyage initiatique. « Toute légende a un fond de vérité » affirme Carl Denham. L’équipage accoste à Skull Island et découvre un immense mur séparant l’île en deux. Les indigènes sont en pleine cérémonie rituelle. Interrompus par les protagonistes, ils proposent d’ « acheter » Ann. L’équipe parvient finalement à regagner le bateau. C’est l’occasion pour Jack, le second à l’apparence de dur à cuire, de se déclarer à la jeune femme (dans un parallèle évident avec le « monstre » qui se révèle doué de sentiments). Mais les indigènes profitent de l’obscurité pour enlever la belle. Leur intention? La sacrifier à Kong, un gorille gigantesque qui fait la légende de l’île. C’est le moment de la révélation: le spectateur découvre la bête qui s’empare d’Ann et l’emmène avec elle.

 

L’équipe part à sa recherche au milieu de la jungle peuplée d’animaux préhistoriques hostiles. Kong se montre fasciné cette superbe jeune femme. Cette dernière parvient à fuir avec l’aide de Jack. Kong est capturé et présenté à Broadway comme une bête de foire. On comprend alors le sous-titre du film: « the 8th wonder of the world » (« la huitième merveille du monde »). Effrayé par les flashes des appareils photos, le gorille se libère de ses chaînes. Il attrape Ann et escalade la façade de l’Empire State Building. Abattu, le « roi » de Skull Island s’écroule.

 

« King Kong » est un film novateur par son sujet et par les prouesses techniques auxquelles sa réalisation a donné lieu. Le récit en dit long sur son auteur. En l’espèce, Cooper met en scène ses propres désirs et ambitions. Voilà pourquoi il me semblait important de commencer par une évocation de la vie de ce cinéaste en perpétuelle quête de perfection. Je vous invite à regarder le documentaire qui lui a été consacré pour en apprendre plus sur ce film. J’aurais pu développer d’autres aspects de cette oeuvre, comme ses liens avec « Au Coeur des Ténèbres » de Joseph Conrad (plus évidents dans le remake de Peter Jackson) mais il a fallu faire des choix!

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Tag(s) : #Ernest B. Shoedsack, #1930s, #1933, #Fay Wray, #Max Steiner, #Ruth Rose, #Bruce Cabot
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