/image%2F7201554%2F20260801%2Fob_26f23f_ball-of-fire.jpg)
Une réécriture de Blanche Neige et les sept nains dans le New York des années 1940, ça vous tente? « Boule de feu » appartient au genre de la screwball comedy, qui a connu son apogée dans les années 1930-1940 avec des films comme « New York-Miami » de Capra ou « L’Impossible Monsieur Bébé » d’Howard Hawks. C’est justement à ce dernier que l’on doit notre film du mois. Cinéaste emblématique de l’âge d’or hollywoodien, et à l’aise dans tous les registres, il a notamment mis en scène des films noirs (« Le Grand Sommeil »), des films d’aventures (« Seuls les anges ont des ailes »), des films de gangsters (« Scarface ») et (ce qui nous intéresse aujourd’hui) des comédies.
Le dénominateur commun des screwball comedies est la présence de personnages féminins forts qui ont permis à des actrices comme Claudette Colbert, Katharine Hepburn ou encore Carole Lombard d’accéder au rang de stars. Ici, c’est une forte personnalité qui incarne la jeune Sugarpuss O'Shea : Barbara Stanwyck. Ayant commencé sa carrière dans le music-hall et poursuivi dans des productions telles que « Baby Face » et « L’Homme de la rue » l’actrice n’a déjà plus rien rien à prouver lorsque le rôle de la jeune chanteuse lui échoit. Depuis 1935, elle n’est liée à aucun studio et jouit donc d’une grande liberté dans le choix de ses projets1. A une époque où il est difficile d’échapper à la mainmise des studios, elle est l’une des rares femmes à prendre sa carrière en main.
Face à Barbara Stanwyck, Gary Cooper interprète le naïf professeur Bertram Potts. Resté à la postérité pour ses westerns, l’acteur excelle pourtant aussi dans les comédies. A ce titre, il es possible de citer « L'Extravagant Mr. Deeds » et « L'Homme de la rue » de Frank Capra, ou encore « Sérénade à trois » de Lubitsch.
Enfin, le dernier ingrédient indispensable à une bonne screwball comedy est un scénario truffé de dialogues percutants. Le tandem Billy Wilder/Charles Brackett fait des étincelles. Billy Wilder, qui deviendra plus tard l’un des metteurs en scène les plus prolifiques de sa génération, est encore en 1941 un homme de l’ombre se consacrant à des scenarii réalisés par d’autres cinéastes.
Synopsis: Bertram Potts, savant naïf au grand coeur, arpente les rues de New York à la recherche de nouveaux mots d’argot qui pourraient enrichir l’encyclopédie qu’il rédige avec 7 vieux érudits. Le spectateur découvre la belle Sugarpuss O'Shea, chanteuse de music-hall, en même temps que le professeur. Dans une robe scintillante imaginée par Edith Head, comme tous les costumes portés par Barbara Stanwyck dans le film, elle entonne un ensorcelant « Drum Boogie » aux côtés de Gene Krupa et de son orchestre (c’est en réalité Martha Tilton qui prête sa voix au personnage). Convaincu que la jeune femme peut lui apprendre le langage de la rue, il sollicite son aide.
⚠️ Attention si vous n’avez pas vu le film: je vais révéler des éléments de l’intrigue ⚠️
Poursuivie par la police, Sugarpuss prend ses valises et emménage chez les 8 professeurs. Le film tourne en dérision les codes des contes de fées. La protagoniste n’est pas une jeune fille innocente mais une femme fatale fiancée à un gangster, le redoutable Joe Lilac (interprété par l’exceptionnel Dana Andrews). Elle fait connaissance avec Bertram, pas viril pour un sou et franchement nigaud. Les sept nains sont des scientifiques ignorant tout des femmes (le seul d’entre eux à avoir été marié a passé sa lune de miel à regarder son épouse peindre). Enfin, les terrifiants antagonistes sont des gangsters de pacotille.
Le film joue sur le choc des cultures entre la chanteuse effrontée et le professeur un peu benêt. C’est Sugarpuss qui mène la danse (littéralement!), et non les hommes. Lorsque les vieux intellectuels essaient gauchement de reproduire les pas qu’elle leur a enseignés, elle doit prendre les choses en main pour « décoincer » ces messieurs. Le geste est un élément essentiel des film de Hawks. Comme le souligne Jacques Rivette, « la place et l’enchaînement de chaque geste ont force de loi »2
Mais comme dans toute bonne comédie hollywoodienne, la tentatrice n’est pas si étrangère aux sentiments humains les plus simples et les intellectuels ne sont pas complètement dénués de bravoure. Ces derniers sauvent la belle des griffes du gangster qui voulait l’épouser de force. Les deux personnages ont évolué et, après avoir mis Lilac KO, le grammairien comprend que les mots ne peuvent pas tout exprimer.
« Boule de feu » est une vraie réjouissance. Un an après « L’homme de la rue », le couple Cooper/Stanwyck fonctionne toujours merveilleusement. Barbara Stanwyck trouve en Sugarpuss un rôle à sa mesure. J’ai mentionné plus haut que les costumes étaient des créations d’Edith Head. Cette costumière était très appréciée des actrices qu’elle savait sublimer mieux que personne. En 1941, elle habilla Barbara Stanwyck dans ce film mais également dans « Un coeur pris au piège » de Preston Sturges. Dans les deux cas, les tenues de l’actrice reflètent ses rôles de tentatrices. Edith Head devint par la suite la costumière la plus primée de l’Histoire du cinéma, collaborant avec les plus grands metteurs en scène dont Alfred Hitchcock.
1 « From Below to Above the Title: The Construction of the Star Image of Barbara Stanwyck, 1930-1935 », Linda BERKVENS, University of Sussex - Networking Knowledge: Journal of the MeCCSA Postgraduate Network, Vol 2, No 1, 2009
2 « Le génie de Howard Hawks », Jacques Rivette, les Cahiers du Cinéma n°23, 1er mai 1953.
/image%2F8460059%2F20260115%2Fob_cc3de0_pie-scene.jpg)