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Voilà des années que j'hésite à me lancer dans la rédaction de billets sur les films qui m'ont marquée. Le pas est enfin franchi aujourd'hui. Je m'appuie sur mes impressions mais aussi sur mes lectures sur le cinéma. Mes sources sont généralement citées en notes de bas de page mais je peux vous donner plus de précisions si nécessaire. N'hésitez pas à commenter mes articles et à me faire des retours, qu'ils soient positifs ou négatifs. C'est comme ça qu'on avance. Bonne lecture!
J’évoque aujourd’hui ce film parmi les moins connus d'Orson Welles, sorti tout juste un an après l’immense « Citizen Kane ».
Commençons par la genèse du film: en 1941, Welles doit deux films à la RKO après son premier long métrage. Plusieurs de ses projets sont abandonnés lorsqu’il décide d’adapter le roman de Booth Tarkington (Prix Pulitzer en 1919). L’histoire ne lui est pas inconnue car il s’y était déjà intéressé dans son programme à la radio et avait d’ailleurs interprété le rôle de George Minafer Amberson à cette occasion1.
Ce n’est plus le metteur en scène mais Tim Holt qui incarne l’héritier des Amberson. A ses côtés, on retrouve des acteurs fétiches du maître: Joseph Cotten dans le rôle d’Eugene Morgan (déjà vu dans « Citizen Kane », qui tournera plus tard dans « La soif du mal ») et Agnes Moorehead, impressionnante en soeur rongée par la jalousie. Sa performance lui vaudra une nomination à l’Oscar de la meilleur actrice dans un second rôle.
Le rôle d’Isabel Amberson est incarné par Dolores Costello, star du muet, dans son avant-dernier film. Enfin, la jeune Anne Baxter, « prêtée » à la RKO incarne Lucy, la fille d’Eugene Morgan.
Synopsis: Le récit débute en 1873. Le narrateur (Welles) relate l’âge d’or de la famille Amberson. Eugene Morgan, (Joseph Cotten), un jeune inventeur, est épris d’Isabel Amberson (Dolores Costello). Mais dans la haute société de l’époque, le moindre faux pas peut être fatal à sa réputation. Ridiculisé, Eugene doit renoncer à sa belle et cette dernière en épouse un autre: Wilbur Minafer. Ensemble, ils ont un fils, George (Tim Holt), qui se révèle vite incontrôlable.
Dix-huit ans plus tard, la société a bien changé. Lors de leur dernier bal mondain, les Amberson retrouvent un visage familier, celui d’Eugene, venu accompagné de sa fille Lucy (Anne Baxter). Celle-ci fait connaissance avec George, tandis qu’Eugene se rapproche d’Isabel, au grand dam de sa soeur Fanny (Agnes Moorehead).
⚠️ Attention si vous n’avez pas vu le film: je vais révéler des éléments de l’intrigue ⚠️
« La splendeur des Amberson » dépeint un monde sur le déclin. Les Amberson sont des ombres dans l’immensité de leur demeure. Le travail de Stanley Cortez sur la lumière est remarquable. George affirme ne jamais vouloir travailler, il critique les automobiles et interdit l’accès à Eugene.
J'ai lu il y a peu une analyse qui résume bien la scène du bal, magnifiquement chorégraphiée. Pour son auteur, elle « synthétise les rapports conflictuels »2. Welles parvient à tout nous dire en seulement quelques plans.
Plus tard, George part avec sa mère et dit au-revoir à Lucy. Cette dernière prétend ne pas être affectée par son départ, avant de perdre connaissance. Mais les faux semblants ne durent qu’un temps et le vernis craque. A son retour, Isabel sait bien que « tout a changé ». La morphologie de la ville, elle aussi se métamorphose. Eugene veut rendre visite à Isabel mais c’est une nouvelle fois impossible dans cette demeure hostile. George n’y est pour rien. C’est la santé d’Isabel qui ne lui permet pas de recevoir celui qu’elle aime. Elle meurt et son fils, ruiné, est contraint de travailler. Mais qui s’en souvient à présent?
Malgré ses qualités, « La splendeur des Amberson » est un échec à sa sortie. Et pour cause! Une première version du film est détruite (version qui a fait l’objet de beaucoup de spéculations). Welles n’est pas présent lors du second montage, embourbé dans un nouveau projet: « It’s all true » au Brésil. Le studio procède alors à de nombreuses coupes. Pour le public, c’est Welles qui est fautif. L’étiquette de celui qui veut trop en faire lui colle à la peau.
Pourtant, beaucoup voient en ce film l’oeuvre la plus personnelle du réalisateur. Ce dernier aurait été bouleversé par les similitudes entre l’histoire de Booth Tarkington et sa propre vie, ou du moins sa propre légende.
Une oeuvre à voir, donc, même si d'autres films de son auteurs l'ont un peu éclipsée.
1 « Orson Welles cinéaste: une caméra visible I », Youssef Ishaghpour
2 « Orson Welles: le livre », Paolo Mereghetti
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